Les sarcomes des tissus sont des tumeurs mésenchymales communes du chat, représentant environ 7% de toutes les néoplasies cutanées et subcutanées enregistrées pour cette espèce. Deux représentations cliniques distinctes sont classiquement observées, une forme multicentrique se produisant chez le jeune chat de moins de 5 ans associée au virus de sarcome félin ( FeSV) et un développement solitaire de tumeur, habituellement chez les chats de plus de 8 ans (en moyenne agés de 12 ans), développement typiquement négatif de leucémie féline (FeLV) et de ce fait non associé à la FeSV. Cependant, il a été récemment enregistré une augmentation des sarcomes solitaires touchant des chats plus jeunes et d'une tranche d'age plus large se développant à l'emplacement des vaccinations précédentes. Les vaccins impliqués sont principalement des produits utilisant un virus désactivé, adjuvanté de rage et de leucémie féline bien que des vaccins de rhinotrachéitis/ calivirus/ panleukopénie (FVRCP) aient été aussi impliqués.
Les tumeurs ont été généralement décrites dans les revues médicales comme sarcomes félins post-vaccinaux, sarcomes associé á la vaccination ou sarcomes de l'emplacement de la vaccination (VS). Les vaccins qui ont été liés à cette tumogénése ne sont pas d'une marque ou d'un fabriquant particulier. Si une évidence épidémiologique montre une relation de cause à effet entre sarcomes et vaccins à virus désactivé, il n'y a pas eu de rapports liant statistiquement les sarcomes aux vaccins recombinés ou vivant-modifiés, ni de sarcomes canins associés à l'usage des vaccins antirabiques utilisant des virus adjuvantés désactivés.
La tumeur féline post-vaccinale la plus fréquemment reportée est le fibrosarcome mais d'autres types de tumeurs ont aussi été reportées. Chondrosarcomes, rhabdomyosarcomes, myofibroblastic sarcomes, ostéosarcomes, histiocytomes fibreux malin, sarcomes undifférentiels et tumeurs multiples histopathologicales sarcomateuses ont été enregistrés. Seule l'évaluation histopatholigale est considérée concluante plutôt que le diagnostic du sarcome post-vaccinatoire et un rapport physique et temporel avec le site de vaccination est nécessaire. Les estimations de l'incidence de la formation du sarcome post-vaccinatoire varient de 1 à 2 par 10 000 chats vaccinés à 13 par 10 000 vaccinations totales effectuées.. Discussion et examen de la littérature disponible.
Les sarcomes des tissus cutanés sont des tumeurs mésodermales du tissu connectif, baptisées d'après leur origine cellulaire c'est à dire fibrosarcomes originaire des tissus connectifs fibroblastiques. Les histiocymas peuvent émerger d'un tissu mésenchymal plus primitif capable de différentiation fibroblastique ou de différentiation histiocytique et des schwannomes malins résultent des cellules de Schwann (enveloppe nerveuse ). Si la cause initiatrice de la plupart des sarcomes est inconnue, une relation de cause à effet a été confirmée entre les sarcomes multicentriques et FeSV chez les jeunes chats et les implants étrangers et évenementiels ou le trauma chronique avec les sarcomes sous-cutanés, musculosquelétaires ou oculaires. En 1991, une augmentation de l'incidence des sarcomes cutanés félins a été reportée, tendance coincidant avec la législation rendant obligatoire la vaccination anti-rabique des chats en Pennsylvannie, USA. Ultérieurement, l'augmentation de la fréquence des néoplasias a été démontrée sur les lieux de vaccinations et une relation épidémiologique entre vaccination, lieux de vaccination et occurrence des tumeurs a été établie.
La pathogenése du sarcome post-vaccinal est jusqu'ici inconnue. Aucune prédisposition de race, sexe ou age n'a été démontrée. Bien que les tumeurs soient en général bien démarquées, elles sont localement envahissantes et la réoccurrence après une excision chirurgicale est fréquente. Des métastases sont cependant rarement enregistrés. La composition cellulaire des tumeurs est variable mais, typiquement, on retrouve cellules en axe, cellules multinucléaires géantes et cellules histiocytiques pléomorphiques / polygonales avec un certain degrès d'atypia, des zones focales de nécrose, une infiltration périphérale des lymphocytes et des histiocytes ainsi qu'une granulation des tissus et fibrosis.
Un certain nombre de facteurs ont été évoqués comme cause potentielle de la tumogénèse et l'aétiologie peut être multifactorielle et impliquer une interaction cocarcinogénique. Les causes proposées et actuellement étudiées comprennent l'inflammation chronique et photo-oncogénique induites sur le lieu de la vaccination par des adjuvents au vaccin, particulièrement aluminium, antigènes vaccinaux, cytokines et la présence de rétroviruses félin exogènes et endogènes c'est à dire FeLV, FeSV, syncytium félin à virus formé et virus endogène de leucémie féline ( en- FeLV ). Le lancement auprès des vétérinaires des vaccins antirabique á virus désactivé et adjuvé à l'aluminium et des vaccins FeLV a précédé l'augmentation de l'incidence du sarcome félin. Ces produits étaient, et sont encore, d'usage extensif en Amérique du Nord. Les adjuvants sont utilisés pour augmenter et prolonger la réponse immunitaire aux antigènes inoculés sans doute à travers une activation macrophage et une production cytokine.
L'aluminiun est un composant commun des adjuvants utilisés dans les vaccins félins à virus désactivé. Une formation allergique de granuloma aux corps étrangers a été reportée chez les humains à la suite de l'utilisation d'adjuvants à base d'aluminium et l'aluminium a été impliqué dans la pathogénèse des sarcomes cutanés humains à la suite d'un remplacement total de la hanche et lié aussi au développement d'inflammations chroniques locales et de granulomas sur l'emplacement des vaccinations chez les chats et chiens. Des revues histologicales de réactions inflammatoires post-vaccinales et de fibrosarcomes chez le chat ont trouvé une démarquation nette des focis de panniculitis granulomateux à lymphocytes et macrophages infiltrés.
Une matière étrangère composée d'aluminium et d'oxygéne a été détectée dans les macrophages de ces emplacements et est suspectée provoquer une réparation fibreuse anormale des tissus connectifs due à l'inflammation persistante et aux réactions immunitaires résultantes. Cependant, des sarcomes post-vaccinatoires ayant été reporté après l'usage de vaccins ne contenant pas d'adjuvants à base d'aluminium, il est possible que l'aluminium soit un simple "repère" vérifiant le site du vaccin ou un instigateur d'une réaction inflammatoire chronique marquée permettant l'action du ou des facteurs cocarcinogéniques.
L'ínflammation peut être un important catalyseur de tumorigénèse post-vaccinatoire. Les sarcomes de sites de vaccination sont morphologiquement et immunohistochimiquement similaires aux sarcomes oculaires félins se déclarant après un traumatisme, avec fibroblastes et myofibroblastes impliqués dans la réparation fibreuse de la blessure et de l'ínflammation chronique. Les myofibroblastes peuvent représenter un stage de transition dans le développement des fibroblastes ou d'autres cellules mésenchymales primitives d'origine capillaire adventielle stimulée par les facteurs de croissance (cytokines) produits lors du processus de cicatrisation. La prolifération de ces cellules en réponse à l'inflammation initiée par les adjuvants ou d'autres composants du vaccin augmente la possibilité de transformation néoplastique dûe à l'activation proto-oncogénique que se soit à cause d'une mutation chromosomaire ou à cause d'une intégration rétrovirale ou d'une activation du génome cellulaire. Les fibrosarcomes sont connus pour se déclarer sur les lieux d'une blessure chez les chats atteints de FeSV. Les cytokines ont un role significatifs dans la réparation des tissus et il a été démontré que le facteur de croissance transformant-beta ( TGF beta ) sécrété lors de la réponse de cicatrisation stimule la formation de sarcomes chez des poulets infectés avec le virus du sarcome de Rous (RSV). Aucun effet similaire n'a été démontré dans d'autres facteurs de croissance d'inflammation ( facteur de croissance épidermale, facteur de croissance dérivant des platelets, facteur de croissance de type insuline, TGF-alpha). La recherche dirigée sur l'identification des facteurs de croissance et de leurs récepteurs sur l'epiderme félin tant normal qu'altéré par une vaccination ( panniculitis et sarcomatous ) et panniculus est actuellement en cours.
Bien que les vaccins FeLV causent généralement moins d'inflammation à l'endroit de la vaccination que les produits anti-rabiques, des études épidémiologiques ont cependant montré un risque moindre de formation de tumeurs post-vaccinatoires avec la vaccination contre la rage qu'avec celle de la FeLV. Il a été proposé que certains antigénes vaccinaux seuls ou en combinaison puissent potentialiser ou activer les cocarcinogénes résultant d'une expression oncologique plus particulièrement lorsque de multiples antigénes sont administrés ou que des produits monovalents sont régulièrement injectés au même endroit.
Le rôle des rétrovirus exogéneux et endogéneux de subfamille oncornavirale dans la formation des sarcomes post-vaccinatoires demeure incertain. Le virus du sarcome félin est une variante de réplication défectueuse du FeLV. Ce sont des virus de transformation aigue incorporant des séquences rétrovirales endogéneuses félines existant en tant que part du génome félin (proto-oncogénes) formant de puissants initiateurs de tumorigenèse. L'activation oncologique en elle-même ne mène pas au développement d'une tumeur en l'absence de cofacteurs promoteurs tels que facteurs d'inflammation, réactions à des corps étrangers ou à des carcinogénes chimiques. Une récente étude des réactions en chaine immuniohistochimicales et polymèrases de 130 sarcomes félins post-vaccinatoires n'a pas réussi à détecter la présence de FeLV et FeSV endogéneux. Cependant, il a été noté que ceci n'exclu pas un role pour ces virus particulièrement à la lumière du développement rapide de ces sarcomes ( souvent dans les 3 à 9 mois après la vaccination ) situation plus probable avec une oncogenèse virale qu'avec un intervale prodermal étendu rencontré avec des tumeurs associées à des réactions inflammatoires chroniques. Les rétrovirus exogéneux peuvent résider dans la moelle osseuse amenant une transformation néoplastique des précurseurs fibroblasteux dont la prolifération est stimulée par les cytokines présents sur le lieu de l'inflammation due au vaccin. De plus, des séquences ou insertions provirales endogéneuses défectueuses peuvent résulter dans l'expression in vivo d'oncogènes dus à la présence cocarcinogène chez des animaux testant négatif pour les FeLV et FeSV éxogéneux.
Du fait de sa nature aggressive, aucun traitement régulier n'est effectif dans le controle du sarcome félin post-vaccinatoire. La résection chirurgicale d'une largeur de 3 cm et de marge profonde (fascia et musculaire jusqu'à une épaisseur complète de la paroi du corps) est recommandée comme principale forme de management clinique du sarcome des tissus. A cause de l'infiltration néoplastique microscopique au delà de la pseudocapsule fibreuse se formant au fur et à mesure que la tumeur comprime les tissus voisins, une excision en bloc est essentielle. Cependant, les sarcomes post-vaccinatoires ont beaucoup plus de chances de se redévelopper que les sarcomes spontanés avec, selon les rapports, une réoccurrence des tumeurs supérieure à 62%. Cela peut etre du non seulement à leur nature envahissante mais aussi à la difficulté d'une resection adéquate dans la région inter-scapulaire, emplacement le plus fréquemment repporté dans ce type de tumeur. Les tumeurs mésenchynales telles que l'histiocytoma malin et le neurosarcome sont considérées radiorésistantes, partiellement en raison de la présence de zones hypoxiques à l'intérieur meme de la tumeur parenchymène. La radiothéraphie peut cependant aider en cas de repousse et de néoplasmes post-vaccinaux non-resectables, plus particulièrement si elle a lieu après un débulking chirurgical accompli au niveau microscopique afin de diminuer le degré de la tumeur hypoxique. L'írradiation pré-opératoire a aussi été recommandée afin de réduire la tumeur à une dimension compatible avec l'ablation chirurgicale mais jusqu'à présent il n'y a pas eu de rapports publiés sur l'efficacité de l'une ou l'autre des méthodes comme thérapie additionnelle des sarcomes post-vaccinatoires ni de comparaison entre les régimes de mégavoltage et d'orthovlotage. La chimiothérapie avec doxorubicine, cyclophosphatine, méthotréxate et vincristine a prouvée etre de bénéfice limité en partie à cause du contenant élevé de tissu conjonctif et de la mauvaise vascularité des tumeurs. L'utilisation chimiothérapique de carboplatine ou d'adriamycine pourrait etre plus prometteuse.
Plus récemment, l'immunothérapie avec l'acemannan, un antiviral et immunomodulateur beta -(1,4)- liant mannan de la planta Aloa Barbadensis a produit des régressions partielles et complètes sur des fibrosarcomes canins et félins réccurents. L'acemannan est administrée par injection intrapéritonéale et intralésionelle et augmente la production macrophage des cytokines TNF alpha ( facteur de tumeur nécrosée alpha ), interféron-y ( INF-y ) and interleukin-1 and 6 ( IL-1, IL-6 ). Cela a été montré stimuler la fonction cytoxique T-lymphocyte in vitro ( via IL-1 ), la phagocytosis et cytotoxicité contre les cellules de tumeur. L'acemannan a donc été suggéré comme un adjuvant à la thérapie chirurgicale et chimiothérapique et des essais cliniques sont en cours.
Du fait de sa récurrence très élevée, les pronostics de guérison en cas de sarcome sont généralement considérés comme pauvres et la survie moyenne est reportée être de 9 mois (entre 6 à 12 mois), avec un taux de survie de 45% un an après résection chirurgicale en bloc et chimiothérapie. L'échafaudage de la tumeur est recommandée avant d'entamer une thérapie décisive plus particulièrement si une chirurgie extensive ou une thérapie d'irradiation adjuvante est considérée. L'index mitotique et le site de la tumeur ont été prouvés avoir une corrélation directe avec le pronostic alors que taille, apparance histologicale et durée de la croissance n'ont pas été liées statistiquement avec le délai de survie.
Le problème des sarcomes post-vaccinatoires a généré de nombreux débats au sein de la communauté vétérinaire des USA, et à conduit à la création d'un groupe de travail sur le sarcome associé à la vaccination ( VAFSTF ), groupe comprenant chercheurs et médecins vétérinaires, représentants du USDA ( département de l'agriculture ) et l'institut de la santé animale. Les objectifs de ce groupe sont d'etablir l'incidence réelle du sarcome post-vaccinatoire, de déterminer les facteurs causals et prognostics et d'augmenter la sensibilisation de la profession vétérinaire et du public. Les recommendations initiales du VAFSTF incluent le recensement de l'emplacement de la vaccination, le type et numéro de série comme part du rapport médical permanent, une adhérence stricte aux recommendations du fabricant, l'utilisation, si possible, de modes alternatifs de vaccination et la standardisation des protocoles de vaccination ( emplacement ). Cette dernière recommendation faisant l'objet de débats: le VASFTF recommande la vaccination aussi loin que possible sur la patte postérieure ( droite pour la rage, gauche pour FeLV ), l'intention non déclarée étant de pouvoir procéder à une amputation du membre si nécessaire pour assurer une résection adéquate de la tumeur. La fréquence du sarcome post-vaccinatoire étant considérée faible, et du aux problèmes techniques et pratiques pouvant surgir (difficulté dans l'administration du vaccin, manque de peau suffisante permettant de refermer la plaie après une résection chirurgicale importante, résistance du propriètaire à l'idée d'une amputation ) cette recommendation n'a pas rencontré une acceptation universelle. Ce protocole peut également être déconseillé car, du fait de la standardisation de l'emplacement de la vaccination, il assure une exposition locale répétée aux composantes du vaccin, composantes peut-être de nature carcinogénique.
L'inflammation apparaissant être un précurseur nécessaire et modérateur du développement du sarcome post-vaccinatoire, il est donc prudent de minimiser la réponse inflammatoire post-vaccinale. Cela peut être fait en évitant les vaccins adjuvés, plus particulièrement ceux contenant de l'aluminium et en utilisant à la place des produits vivants modifiés, recombinés ou monovalent si ceux-ci sont disponibles et efficaces, en variant et notant l'emplacement de la vaccination tout en évitant la zone inter-scapulaire et toute vaccination inutile. On doit aussi conseiller aux propriétaires de rester vigilant et de reporter toute grosseur persistante après une vaccination. Le moment optimal pour l'excision des granulomas post-vaccinatoires n'a pas été déterminée. La plupart des masses présentes à l'emplacement de la vaccination 3 semaines ou plus après l'innoculation sont des granulomas et seul un petit nombre évolue au stade néoplastique. Il est recommandé de pratiquer une biopsie sur toute masse montrant des signes de croissance continue ou ne se résolvant pas spontanément afin de différencier entre ces 2 entités car les traitements et les perspectives de pronostics varient de manière significative.